➡️15 DÉCEMBRE, ANNIVERSAIRE D’ENTRÉE EN PRISON À AMBATORATSY ANTALAHA. 😥
« ACTIVISTE EN ACIER »💪
C’était il y a 2 ans…👿
Il y a un an à peine, j’étais en enfer, dans la prison d’Ambatoratsy, à Antalaha. Emprisonnée de manière arbitraire… pour avoir protégé des droits humains. On a tenté de me faire taire. Parfois même, de m’éliminer.
Mais aujourd’hui, je suis devant vous. Debout. Vivante. Toujours aussi grande gueule. Plus déterminée que jamais, une activiste en acier, résiliente et déterminée à lutter pour un changement positif, peu importe les coups et obstacles.
Je suis Razafiarisoa Marie Nathassa, activiste, lanceuse d’alerte et présidente de l’association TANORA TIA FIVOARANA SAVA. Je suis ici pour partager les leçons que m’ont enseignées l’injustice, la corruption et un an et trois mois de prison politique.
J’ai toujours dénoncé les injustices à travers ma page Facebook, avec sarcasme et humour, depuis toujours. Cela m’a valu une certaine notoriété et des ennemis politiques sans gravité.
Mais en novembre 2023, tout bascule. En aidant neuf jeunes emprisonnés injustement et en protégeant plus de deux cents familles menacées d’expulsion dans mon quartier de Moratsiazo à Sambava, contre un riche de la ville, je suis arrêtée, accusée, salie, emprisonnée.
J’ai été abandonnée par tout un système.
J’ai reçu une première plainte le 23 novembre, puis quatre autres le 13 décembre, au cours desquelles le commandant qui avait mené mon enquête a déposé une plainte pour “outrage à agent public” contre moi, parce que j’avais osé le contredire.
Mon procès ? Une mascarade.
Je n’ai pas été jugée pour des faits, mais pour ce que je représentais : une femme qui parle trop fort, une activiste qui dérange, une lanceuse d’alerte qui refuse de se taire.
Savez-vous pour quelles charges j’ai purgé un an et trois mois ? Sur les cinq plaintes, j’ai été déclarée coupable de deux : celle du commandant de brigade pour “outrage à agent public” et la plainte pour “avoir jeté la foudre”. Oui, la foudre. Même moi, j’en ris.
Sur quelle preuve ? Qui est blessé ou mort ? AUCUN.
C’était juste une excuse, comme une autre, pour me garder plus longtemps en prison, le temps que le riche soi-disant propriétaire de notre terrain détruise ma maison, expulse tout le monde et s’installe confortablement.
En prison, j’ai vu deux autres femmes leaders dans un litige foncier subir la même chose, avec les mêmes charges tirées par les cheveux, et j’ai compris que ce n’était pas que moi : c’était déjà un système habituel d’élimination des personnes dérangeantes.
Un système pourri, de la force de l’ordre au tribunal !
À mon arrivée en prison et pendant trois mois, j’ai été privée de visite familiale.
Vous ne pouvez pas imaginer à quel point c’était dur.
Et surtout, l’incompréhension : le droit de visite est donné à tout le monde, non ? Qu’ai-je fait pour mériter ça ? D’où vient l’ordre ?
Pendant le jugement, le fameux commandant n’est pas venu au tribunal. Devinez quel avocat le représentait ! Bien sûr, celui du riche soi-disant propriétaire. Amis, alors…
Après mon procès, on a fait appel à Diego sans succès. On m’a expliqué que pour deux peines, seul le plus fort prévaut.
J’ai bâti mon espoir sur le fait de tenir un an et de sortir le 15 décembre.
Mais encore une fois, la déception est au rendez-vous : on a refusé la confusion des peines au dernier moment. J’ai dû encore faire trois mois, avec le retrait de trois mois de grâce présidentielle.
À aucun moment, la justice n’a été égale, juste et humaine.
Mais face à eux, j’ai refusé trois choses : baisser la tête, m’excuser ou négocier avec ceux que j’appelle les “terroristes de l’injustice”.
Ma famille, quelques amis, des organisations nationales et internationales… Ce petit cercle m’a aidée à tenir, à me défendre, à survivre. Survivre, parce que rien à faire : les plaidoyers et pétitions des OSC et organisations internationales n’ont rien changé.
En prison, j’ai refusé de mourir intérieurement. J’ai créé des activités. Je lisais des centaines de livres, je méditais et j’enseignais l’alphabétisation et le développement personnel, notamment aux mineurs confiés par l’association Grandir Dignement. J’ai appris à respirer, à lâcher prise, à transformer la douleur en force. La prison m’a plongée dans la réalité de celles et ceux que je défendais. Je suis passée du monde des VIP à un enfer où quatre-vingt-treize femmes s’entassent dans deux petites salles. Où la chaleur suffoque. Où l’eau manque. Où l’accès à une chambre un peu plus propre s’achète. Là, j’ai compris que la corruption n’est pas un accident : elle est devenue un système.
Mais ce que j’ai vu m’a aussi changée. J’ai appris l’humilité. J’ai compris l’importance d’avoir une équipe solide. J’ai découvert que dénoncer ne suffit plus : il faut le faire stratégiquement.
Et à ma sortie ?
J’ai repris le combat. J’ai trouvé une communauté qui m’attendait….Des gens qui ont cotisé pour ma défense. Des organisations qui ont cru en moi. Des familles qui m’ont dit : “Si toi tu abandonnes, qui parlera pour nous ?”.
C’est pourquoi c’est encore moi qui ai mené la manifestation du 1er octobre, quand personne n’a voulu le faire, où j’ai reçu des menaces de mort et subi une vague d’attaques violentes sur ma page Facebook.
Che Guevara disait : “Celui qui n’a pas le courage de se rebeller n’a pas le droit de se lamenter.” J’ai toujours choisi de me rebeller✊️
En plus, si ce n’est pas nous qui le faisons, ce sera qui ? Si ce n’est pas maintenant, ce sera quand ? Jusqu’à quand te tairas-tu face à l’injustice ? Qu’est-ce que toi, tu peux faire, à ton niveau, pour que les choses changent ?
Nous avons tous peur. Moi aussi, j’ai eu peur. Et j’en aurai encore. Mais comme disait Nelson Mandela : “Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de vaincre ce qui fait peur.”
Je suis debout. Et tant que je tiendrai, je continuerai. Pour moi. Pour ma communauté. Pour tous ceux que l’on essaie de réduire au silence. Pour le TANINJANAKA. 💞
Je remercie toutes les personnes, ma famille et mes amis, qui m’ont permis de survivre en prison et m’ont aidée aussi à fuir le 2 octobre dernier.💞🙏
« C’est la photo du TED Talk du 10 décembre 2025 à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits de l’homme à Ankatso, Antananarivo. »👌
