20 JOURS D’ACTIVISME DANGEREUX : LE FEU QU’ON NE PEUT ÉTEINDRE
Après la prison, je m’étais promis de me faire discrète. Pour moi, mais surtout pour ma famille et mes amis qui craignent qu’on m’attaque encore.
J’ai tenu quelques semaines, quelques mois, pas plus. Le feu de l’activisme qui brûle en moi est plus fort que tout — plus fort que la peur, plus fort que la promesse faite aux miens.
Petit à petit, je suis revenue. D’abord par mes textes : sensibiliser, éveiller, dénoncer — toujours indirectement. Mais à Madagascar, la vérité finit toujours par déranger.
Puis la rumeur d’une manifestation a commencé à circuler. Des amis activistes ont été arrêtés. Et la lionne en moi s’est réveillée de son hibernation.
Les jours qui ont tout changé:
➡️22 septembre. J’écris sur la Journée internationale de la paix — célébrée dans un pays où la paix ressemble souvent à une illusion. Et je continue à faire un appel à la liberté d’expression, disant que j’ai peur aussi, mais qu’il le faut.
➡️25 septembre. La jeunesse de Génération Z Tanànarive manifeste massivement et finit dans le pillage dans la soirée. Je les soutiens toute la soirée, j’appelle à une participation virtuelle, j’appelle la région à se positionner.
➡️27 septembre. J’appelle nos députés locaux à écouter les revendications de la population de Sambava. Silence total.
➡️29 septembre.Je rassemble une équipe improbable, instable, explosive : “l’ennemi de mon ennemi est mon ami”. Ensemble, nous déposons une demande de manifestation pacifique pour le 1er octobre.
➡️30 septembre : la vérité mise à nu
La veille de la manifestation, je décide de faire un direct Facebook. Je parle à cœur ouvert : qui je suis, d’où je viens, pourquoi je milite, pourquoi je parle encore malgré les menaces et les blessures. Je raconte mon emprisonnement arbitraire d’un an et trois mois, cette période où j’ai tout perdu sauf ma dignité et ma foi en la justice. Au moment d’évoquer ces souvenirs, ma voix se brise. Les larmes coulent. Ce n’est pas de la faiblesse — c’est la vérité nue d’une femme qui s’est battue pour survivre.
Ce direct, vu par des milliers de personnes, marque un tournant. Beaucoup découvrent alors non pas “l’activiste provocatrice”, mais l’être humain derrière la militante.
➡️1er octobre 2025 : le jour de la vérité
Contre toute attente, la demande est acceptée.
Je vis alors le plus beau jour de ma vie : je négocie directement avec les autorités et les forces de l’ordre, en appliquant tout ce que j’ai appris en des années de terrain.
Nous nous engageons à une manifestation courte — deux heures, sans carnaval.
➡️À 14h30, la place Parcage Taloha s’anime. Des milliers de personnes sont là. Des journalistes, des jeunes, des citoyens ordinaires. Malgré les problèmes de sonorisation, nous tenons bon jusqu’à la fin.
➡️À 16h00, le discours s’achève.Certains jeunes veulent prolonger par un carnaval. Mes proches m’alertent : ta sécurité d’abord. Je suis évacuée discrètement.
Le reste de l’équipe gère. Mais la tension monte. Les forces de l’ordre répondent avec des gaz lacrymogènes. Il y a des arrestations.
La fuite👏
À 18h30, on m’appelle : un drone survole ma maison, deux hommes armés sont en route. Je suis exfiltrée par l’arrière, en pirogue, à travers le lac. Un oncle me récupère. On se cache. À 4h du matin, je quitte Sambava pour rejoindre ma famille en brousse.
Les critiques et la guerre virtuelle
Sur les réseaux, la tempête commence. Certains m’accusent d’avoir fui, d’avoir trahi, d’avoir été payée. D’autres m’insultent sous des comptes fake. Je lis, je regarde, j’ai envie de répondre… mais on me dit de ne rien faire.
Deux clans se forment :ceux qui comprennent ce qu’est une manifestation pacifique,et ceux qui ne cherchent qu’à salir.
Je pense que la notion de manifestation pacifique, durant quelques heures sans rien détruire, est un concept nouveau pour la ville de Sambava. La lutte non violentes énerves. On aime que ça claque, que ça fasse peur. Ils n’attendent que ça, cette adrénaline. Les voleurs n’attendent que ça, les profiteurs politiques n’attendent que ça.
Et notre manifestation les a déçus, alors les attaques se sont tournées vers le leader : moi.
➡️Le 2 octobre, je remercie les participants en ligne. Une nouvelle vague d’attaques éclate. Des centaines de compte Fake se rue sur mes publications. On m’accuse d’avoir reçu de l’argent. Si seulement c’était vrai — je n’aurais pas eu besoin de l’aide de mes amis pour fuir la région.
Pour les critiques qui me demandent de montrer la preuve des menaces, je n’ai pas besoin de leur prouver quoi que ce soit — cela me mettrait encore plus en danger ! Seuls mes protecteurs méritent de connaître l’histoire et de voir les preuves.
Reprendre le combat
Le 3 octobre, je pars.Je suis en sécurité.Je respire.
Puis, comme toujours, je reprends le combat — à distance cette fois.
Je soutiens désormais mes équipes depuis l’ombre. Je gère la communication sur la page « Génération Z & Y Sambava », pendant que mes persécuteurs continuent à parler de moi sans savoir que je suis toujours là, derrière chaque mot, chaque message, chaque image.
Aujourd’hui, je suis vaccinée contre les critiques sans fondement. Je ne me nourris que des retours constructifs de mon équipe. Les paroles des jaloux glissent sans laisser de trace.
Je sais qui je suis, ce que je vaux, et où je vais.Et c’est tout ce qui compte.👌Activiste à vie jusqu’à la mort.💪
