Lettre que j’ai écrit pour « FAHAFAHANA » pendant mon incarcération, le bébé de la prison d’Ambatoratsy Antalaha!
Te voilà déjà bien grand, du haut de tes trois mois de vie ici… Tu es plus calme maintenant, moins colérique la nuit. Peut-être en as-tu eu assez des critiques de ces femmes — parfois dures — qui n’aiment pas t’entendre crier dans l’obscurité. Alors tu as décidé de te taire.
Mais non, mon beau… ne les écoute pas. Tu t’appelles Fahafahana, ce qui signifie Liberté. Incarne ton nom ! Tu es libre de pleurer, de crier, de faire entendre ta voix. Dérange-les s’il le faut, car tu n’as pas à te soumettre à leurs règles. Tu n’as rien demandé, tu n’as rien fait. Tu n’es pas coupable.
Eux, peut-être qu’ils méritent d’être ici – ou peut-être pas. Mais toi ? Toi, non !
Naître en prison, quel destin, quel injustice…
Un bébé n’a pas sa place en prison. Aucun enfant n’a sa place ici !
Comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il que nous n’ayons pas de structure pour vous accueillir, vous, les six enfants actuellement enfermés entre ces murs ? Moi, adulte, je peine déjà à supporter la chaleur étouffante, la saleté omniprésente, le bruit incessant… alors vous ? Comment faites-vous ?
On dit que les enfants s’adaptent mieux. Peut-être.Mais je suis convaincue d’une chose : vous ne devriez pas avoir à vous adapter à ça.
Vous ne méritez pas ces éruptions de chaleur, qu’on appelle ici « Fana », qui vous couvrent le corps, vous irritent et vous rendent malades.Vous ne méritez pas d’être exposés à toutes ces maladies étranges qui rôdent ici.
Où sont vos familles ?
Où sont les centres d’accueil censés vous prendre en charge ?
Où sont les cœurs « généreux » qui chantent à l’église le dimanche ?
Où sont les élus, les responsables, le système… ceux qui devraient agir ?
La question qui me préoccupe le plus est : où étais-je pendant tout ce temps pour ne pas avoir vu ce problème et proposé une solution ? Depuis longtemps, j’ai souhaité créer un centre d’accueil pour les femmes et les enfants victimes de violences. C’est une situation que j’ai observée en tant qu’assistante sociale, en collaboration avec la direction régionale de la population et la protection des femmes. À l’époque, je me suis dit qu’il était injuste que des femmes et des enfants victimes de violences soient contraints de retourner à l’endroit où ils ont subi des abus, faute de structures pour les accueillir. Aujourd’hui, je constate que la situation des femmes, des jeunes femmes et des enfants en prison vient s’ajouter à cette injustice.
Je m’engage à réaliser ce projet dès ma sortie. Je ne sais pas comment, ni quand, ni avec qui, mais je suis déterminée à le faire.
NB: Ce texte a été rédigé avec la permission de la mère de Fahafahana.
P.S. : Je suis sortie depuis 4 mois seulement, et je me souviens encore de ma promesse. J’y travaille. Pourriez-vous m’aider à construire ce centre d’accueil ? J’ai besoin de votre soutien. Quoi que vous offrez, pour le bâtir sera la bienvenue, idée, terrain, clou, ciments, tôle pour le toit, bois, argent pour le charpentier, etc 🙏
➡️La photo générée par l’IA. 👌
