À Madagascar, sommes-nous vraiment en paix ?

22 septembre 2025

À Madagascar, sommes-nous vraiment en paix ?

Hier, 21 septembre, le monde célébrait la Journée internationale de la paix. À Antananarivo, le Ministère de la Jeunesse et des Sports a organisé des expositions, des débats, des formations pour les jeunes et des compétitions sportives, et un concours de musique INTERVISION a même été diffusé en direct sur Facebook.

Une journée calme, festive, colorée.

Alors, tout va bien, non ?

Pourtant, moi, j’y vois surtout une illusion. Un écran de fumée. Depuis quelque temps, on fait semblant d’aller bien, même si au fond, on sait tous que ça ne va pas.

Si l’on s’en tient à la définition basique de la paix — l’absence de guerre —, nous devrions être satisfaits. Mais en réalité, ça sonne faux.

Quand 80 % de la population vit dans la pauvreté, quand des milliers d’enfants n’ont pas pu entrer à l’école cette année, quand l’eau et l’électricité deviennent rares même dans la capitale, quand des manifestants sont arrêtés en plein jour sous les yeux du monde… alors non, ce n’est pas la paix.

Selon Wikipédia, « la paix est un état de calme ou de tranquillité ainsi que l’absence de perturbation, de trouble, de guerre et de conflit. Elle correspond aussi à un idéal social et politique ».

Calme, peut-être. Tranquillité, en surface. Mais absence de perturbation ? Certainement pas. Et s’il n’y a pas de guerre armée, il y a bien un conflit permanent : manque de dialogue, absence de compréhension, faible participation citoyenne.

Est-ce le système qui nous exclut, ou est-ce nous qui n’osons pas participer ? Sans doute les deux. Le système ne nous ouvre pas la porte, mais nous, citoyens, n’avons jamais vraiment exigé notre place. Quelques personnes, quelques associations osent. Pendant que d’autres applaudissent ou collaborent pour avoir leur part du gâteau.

Quand Baba Rakotoarisoa et Clémence Raharinirina ont été arrêtés, j’ai vu des réactions en ligne, puis une petite mobilisation à Antananarivo. Mais une poignée de manifestants, ça ne change rien. Où sont les « activistes des réseaux sociaux » ? Où sont les centaines d’associations ? Où sont les jeunes formés à la protection des droits humains ?

Moi-même, lors de mon arrestation, j’ai appris une grande leçon : nous faisons semblant. Nous prétendons vouloir participer, mais dans les faits, nous ne faisons rien. Derrière nos écrans, nous protestons ; mais dès qu’il faut descendre dans l’arène, il n’y a plus personne. Nous avons été formés, mais nous n’appliquons pas. Nous parlons fort, mais nous fuyons au premier obstacle.

La démocratie ne se limite pas à voter ou applaudir l’équipe nationale. Elle suppose un équilibre des pouvoirs et une vigilance citoyenne. Quand le pouvoir législatif est faible, ça ne marche pas. Quand les citoyens acceptent l’inacceptable, ça ne marche pas. Quand les OSC (organisations de la société civile), censées taper du poing sur la table, se taisent par peur, ça ne marche pas.

Notre énergie ne devrait pas s’arrêter à suivre les Barea ou à commenter la vie privée des célébrités. Si nous mettions la même force à revendiquer nos droits, nous serions entendus et respectés.

Mais non : un simple scandale sexuel suffit à détourner l’attention du vrai problème. C’est l’échec de notre éducation citoyenne. L’échec des formations, des projets et des programmes financés à coups de millions.

Des années de travail, pour quels résultats ?Nous avons échoué.

Et chaque activiste, chaque lanceur d’alerte, chaque défenseur des droits humains arrêté paie le prix de cet échec collectif.

Je reste toujours en admiration devant les 34 articles de la Déclaration des droits humains : quelle sagesse ! Le secret du bonheur y est déjà inscrit par les générations précédentes, un véritable cadeau inestimable pour nous.

Et ce n’est pas tout : il y a aussi les 17 Objectifs de développement durable (ODD), un idéal merveilleux à atteindre.

Que demander de plus ?

La liberté, la sécurité, l’éducation, la nourriture, le travail décent… ce sont des droits fondamentaux. Lorsqu’on nous les refuse, lorsqu’on nous les enlève, il est naturel de s’indigner, de se mettre en colère et d’agir, même si la peur nous accompagne.

« Le courage n’est pas l’absence de peur, mais d’avoir peur et de le faire quand même. »

Alors, mes amis de la société civile, intellectuels, éducateurs et citoyens éveillés, peut-être devrions-nous surtout former les citoyens à être courageux, pour qu’ils osent agir, réclamer leurs droits et participer activement à la construction d’une vraie paix.

Cœur à Cœur by Soa💞

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