Ma souriante vendeuse de poissons ambulante 🥰

11 août 2025

Ma souriante vendeuse de poissons ambulante 🥰

🖊Combien de kilomètres parcourt-elle chaque jour pour vendre ses poissons ?Combien de bénéfices lui reste-t-il à la fin de la journée ? Est-ce que cela vaut l’effort fourni ? Où mange-t-elle ? Où se repose-t-elle ?

Il y a quelque temps, la Banque mondiale annonçait que 81 % des Malgaches vivent sous le seuil de pauvreté, soit environ 22 millions de personnes. 😢

Cela représente des gens comme vous, comme moi, et comme ma vendeuse de poissons, toujours souriante.Je fais partie de ceux qui remettent légèrement en question ce chiffre. Je me dis qu’on n’est pas si pauvres que ça… si l’on mesure selon le seuil de pauvreté international de 2,15 dollars par habitant et par jour. Il y en a pas mal qui gagnent 10 000 ariary par jour, non ? Mais il est vrai que les revenus réels sont rarement déclarés, et la statistique n’est pas notre point fort.Donc oui, ce chiffre est peut-être exagéré… mais pas si loin de la vérité non plus.

Passons.

Un jour, ma vendeuse m’a vue avec deux téléphones assez haut de gamme — un Redmi et un Samsung — en main. Elle m’a regardé, amusée, et a dit :« Toi, tu as deux grands téléphones… Moi je n’en ai même pas un. Foza eee ! Quelle chance ! »

Puis, après avoir fini d’écailler les poissons que je venais d’acheter, elle m’a encore demandé comment je faisais pour parler français. J’avais juste envoyé un message vocal en français à quelqu’un…Je lui ai répondu que tout le monde peut apprendre, comme moi. Elle a ri. Mais j’ai vu, dans ses yeux, qu’elle n’y croyait pas vraiment.Alors, pour la remercier, je l’ai prise en photo.

Mais comment pourrait-elle y croire ? Est-ce qu’elle en rêve, au moins ? Est-ce qu’elle s’imagine un jour parler français, avoir un smartphone, ouvrir un petit stand propre ou un resto de poissons ?

J’ai vécu un moment dans le village de mon père, après mes études. Et j’ai été choqué. Les gens y ont des terres, des moyens de produire beaucoup, mais ils ne le font pas.Ils mènent une vie tranquille : aller au champ à 9h, un peu de travail, puis on cuisine du manioc, sieste, retour aux champs un peu, puis on rentre.Pas d’objectif. Pas de rêve.

Et moi, je suis persuadé que la vraie pauvreté commence là : quand on ne rêve pas, ou qu’on ne croit pas que ses rêves peuvent devenir réalité.On est en mode survie.

Comme l’a dit un coach atypique que j’ai eu au YLTP : « Quand on cherche juste à manger, on ne récolte que du caca. »

Notre éducation, notre culture, ne nous ont jamais appris à rêver.Nos parents, nos enseignants, nos amis… riaient au nez de ceux qui disaient vouloir devenir pilote ou hôtesse. On entendait : « Tu crois que tu vis en Amérique, toi ? »

Ailleurs, quand un enfant dit qu’il veut être chanteuse ou pilote, on l’inscrit à des cours de chant, on l’emmène visiter un aéroport.Ce n’est pas une question de « possible ou pas », mais une question de permission de rêver.

Chez nous, on tue le rêve avant même qu’il soit conçu.À la maison. À l’école. Dans la rue. On répète aux enfants que « ce n’est pas pour nous », que « ça, c’est pour les autres ».

Alors comment voulez-vous que ma vendeuse de poissons croie, ne serait-ce qu’un instant, que c’est possible pour elle aussi ?Qu’en travaillant efficacement, elle peut acheter un téléphone haut de gamme, ou qu’en économisant pour 2 mois de cours à l’Alliance Française de Sambava, elle peut déjà parler un peu français ?

Le secret du développement, c’est là : dans la capacité à rêver.À se dire que c’est possible.Puis à transformer ce rêve en vision, cette vision en objectifs concrets, et enfin ces objectifs en plans d’action.

Et un jour… agir.💕🌍

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